• Les mots d'Yves Simon … (1)

     

    J'ai mal à mon imagination, à ma raison, à mon entité. Je voudrais savoir chaque fois qu'un de mes gestes, un de mes regards, une phrase dite par distraction devant un escalier mécanique, fait naître un désir. Un espoir peut-être. Savoir aussi quand on pleure à cause de moi pour un de mes silences.

    J'écris dans l'obscurité des mots sur un mur de Paris parce que je crois à la vérité, tout en sachant que le monde glisse vers le mensonge.

    Je voudrais ne plus avoir peur d'écouter ma beauté et ma laideur cachées, qu'elles parlent par ma bouche et disent que je suis monstrueuse et magnifique.

    Pour avoir la force de respirer chaque matin, j'ai besoin d'attractions nouvelles. J'ai besoin que des rêves agrandissent ma vie et me poussent vers un soleil inattendu.

    Aujourd'hui je t'aime, et je me fous de savoir ce que ça signifie, mais je mets dans cette déclaration autant de solennité que de dérision, avec des petites larmes, des roudoudous et des berlingots.

    je t'aime à vivre

    je t'aime à mourir

    je t'aime pour rire

    je t'aime pour crâner

    je t'aime pour moi. Pour respirer.

     

    (L'amour dans l'âme)

     


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  • Lettre ouverte à ma mère.

    Ou pourquoi je vais (enfin) cesser de venir te voir.

     

    Quand j'étais enfant, je te chérissais, t'idolâtrais. Tu représentais tout pour moi. Et puis, vers l'âge de 8 ans, tu as tout cassé.

    Maman je te dis au revoir pour cette enfance brisée, humiliée, triste et épuisante aussi.

    Je fais aujourd'hui ce que j'aurais du faire il y a 20 ans, quand j'ai quitté la maison.

    Je m'en vais à cause de toi, aujourd'hui. Ton caractère épouvantable quand les filles et moi venons chez toi en vacances. Tes sautes d'humeur, ta hargne (contre qui ?), tes remarques déplacées, ton côté «je suis une vistime» permanent … Et tout le reste (la mauvaise éducation de mes filles, ah ah ah !)

    Je pars, surtout, à cause de lui, tu le sais bien. Cet homme, ce beau-père qui m'a touchée tous les jours de ma vie du début de l'adolescence jusqu'à mon départ. Cet homme contre qui tu ne m'as pas protégée, parce que, m'as tu dit quand je t'en ai parlé à l'âge de 24 ans, tu n'as jamais rien vu. Rien vu ?! Comment est-ce possible ? Du jour où il s'est installé avec nous, nous n'avons plus existé à tes yeux, il n'y en avait plus que pour lui …

    Tu m'as dit m'avoir crue quand je t'ai raconté, en détails, les attouchements, les humiliations, les gestes déplacés. Et pourtant, tu es toujours avec lui !! Oui oui, tu vis avec lui ! Quelle maman, en apprenant ça, serait restée avec un monstre pareil ?

    J'avais décidé pendant ma dernière thérapie, de continuer à te voir (et tu n'as pas su faire en sorte que ça dure, tu vois), malgré tout, car on a une seule maman. Avec lui on fait comme si rien n'était arrivé (et moi, bêtement, j'attends toujours qu'il s'excuse, ce qu'il ne fera jamais, car je suis bien incapable de lui en parler) …

    T'en prendre à ma fille hier, l'insulter même, ont eu raison de cette décision. Je ne te pardonnerai pas.

    Des vacances passées dans le stress ne sont pas des vacances. Je n'en peux plus …

    Et puis, enfin, je vais faire du bien à mes oreilles, ne plus entendre les propos fachos de ton connard de mari, qui n'aime personne, critique tout, tout le temps, tout le monde. Quelle bouffée d'oxygène cela va être ! Et toi qui le soutiens, tout en te disputant sans cesse avec lui (comment peut-on vivre comme cela ?) …

    Voilà maman, je m'en vais, on se reverra sans doute sûrement pour une occasion ou une autre, mais pas chez toi.

    Car c'est assez difficile, et triste à dire, mais je crois que je ne t'aime pas. Et ça me fait beaucoup de peine d'en être arrivée à cette conclusion.

    J'ai encore beaucoup de choses à vivre, sereine et sans regret.

     

    Dorothée (27.07.2014)

    - alias Madame Rêve -  

     


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  • Madame Rêve aime aussi ... 

     

    Il faut, dans ce bas monde, aimer beaucoup de choses,
    Pour savoir, après tout, ce qu'on aime le mieux,
    Les bonbons, l'océan, le jeu, l'azur des cieux,
    Les femmes, les chevaux, les lauriers et les roses.

    Il faut fouler aux pieds des fleurs à peine écloses ;
    Il faut beaucoup pleurer, dire beaucoup d'adieux.
    Puis le coeur s'aperçoit qu'il est devenu vieux,
    Et l'effet qui s'en va nous découvre les causes.

    De ces biens passagers que l'on goûte à demi,
    Le meilleur qui nous reste est un ancien ami.
    On se brouille, on se fuit. Qu'un hasard nous rassemble,

    On s'approche, on sourit, la main touche la main,
    Et nous nous souvenons que nous marchions ensemble,
    Que l'âme est immortelle, et qu'hier c'est demain.

    Alfred de Musset (recueil : Poésies nouvelles)

     


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  • Madame Rêve aime ... 

     

    Madame rêve

     

    «Madame rêve d'atomiseurs

    Et de cylindres si longs

    Qu'ils sont les seuls

    Qui la remplissent de bonheur

    Madame rêve d'artifices

    De formes oblongues

    Et de totems qui la punissent

     

    Rêve d'archipels

    De vagues perpétuelles

    Sismiques et sensuelles

     

    D'un amour qui la flingue

    D'une fusée qui l'épingle

    Au ciel

    Au ciel

     

    On est loin des amours de loin

    On est loin des amours de loin

    On est loin

     

    Madame rêve ad libitum

    Comme si c'était tout comme

    Dans les prières

    Qui emprisonnent et vous libèrent

    Madame rêve d'apesanteur

    Des heures des heures

    De voltige à plusieurs

     

    Rêve de fougères

    De foudres et de guerres

    A faire et à refaire

     

    D'un amour qui la flingue

    D'une fusée qui l'épingle

    Au ciel

    Au ciel

     

    On est loin des amours de loin

    On est loin des amours de loin

    On est loin

     

    Madame rêve

    Au ciel

    Madame rêve

    Au ciel

    Madame rêve»

     

    Alain Bashung


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  • La liberté

    Tess a 18 ans. Pour la première fois depuis fort longtemps elle ressent comme un sentiment de liberté, un sentiment presqu'inconnu. Demain elle part, pour six semaines. Six semaines de stage dans une ville côtière sur l'Atlantique, six semaines d'entière liberté ! Elle a hâte …

     

    Son beau-père l'emmène en voiture, le voyage n'est pas très long, quelques heures. Il ne fait confiance à personne son beau-père, pas même à la sncf. Il va rester une nuit sur place pour tout contrôler avant de la laisser, son logement, l'environnement, sa directrice de stage … Enfin, le dimanche matin, il s'en va ! Tess a envie de lui dire : adieu, et ne reviens jamais, sors de ma vie pour toujours ! Mais elle n'ose pas.

     

    Le travail n'est pas très compliqué, accueillir les gens, les accompagner dans leur location, décrire les alentours … S'essayer aussi à parler anglais et allemand, avec certains clients ; c'est amusant ! Tess est sociable et intéressée, elle s'entend vite très bien avec la deuxième stagiaire hollandaise, avec qui elle partage son logement, Isabella.

     

    Cette nouvelle vie lui plait, beaucoup, trop ; surtout ne pas y prendre goût … Oublier que depuis si longtemps elle vit dans le déni … Pendant les pauses Tess peut disposer de la piscine librement, et d'un vélo aussi. Elle en parcourt des kilomètres pour aller en ville, à la plage. Elle découvre avec ravissement les énormes vagues du sud-ouest, s'y jeter comme une enfant sans crainte ! Se rouler dans les dunes, courir dans tous les sens, profiter du soleil !

     

    Le soir Isabella aime sortir, l'emmener traîner dans les bars, danser ; la vie d'une jeune fille de dix-huit ans ! C'est le début des aventures, des tentations, tout ce à quoi Tess n'a jamais eu droit avant. Tess n'a pas conscience des risques et des dangers, elle s'y jette à corps perdu ! Beaucoup trop d'alcool … Mais quelle joie ces fêtes autour d'un feu sur la plage avec ses nouveaux amis qui viennent de partout en Europe, avec leur van, découvrir la France. Un peu de tabac, d'herbe, mais ce n'est pas son truc ! Et puis de nouveaux émois, amoureux, sensuels … avec ce beau garçon d'outre-Manche, qui est fou d'elle ! Et ça lui fait un bien fou toutes ces émotions, une impression de vivre enfin, de ressentir, de profiter, d'aimer la vie ! Et elle savoure, elle savoure ! Avec avidité !

     

    Les semaines passent vite, trop vite ! Déjà son beau-père est de retour, pour la ramener à la maison. Mais elle profite quand même de son sommeil pour passer quelques dernières heures de volupté avec son amoureux, et dire adieu aux uns et aux autres, qu'elle a tant aimés rencontrer ! Les adieux sont difficiles, son cœur est lourd, elle n'a pas envie de retourner à sa réalité quotidienne, auprès de sa famille …

     

    Le voyage retour est sinistre, Tess n'a pas envie de parler, juste fermer les yeux et revivre ces semaines passées … Ce qu'elle ignore encore, c'est que la vraie liberté n'est plus très loin.

     

    Madame Rêve, décembre 2013

     


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